Une participation record qui bouleverse le scrutin
Aleksandar Vucic a reconnu sa défaite dimanche soir aux élections législatives anticipées en Serbie. Organisé sous la pression d’un puissant mouvement étudiant, le scrutin a enregistré une participation de 64,89 %, selon les chiffres communiqués par Branko Josipovic, directeur de l’Office national des statistiques.
Il s’agit du taux le plus élevé depuis 1993, lorsque la participation avait atteint 61,34 %. Une mobilisation d’environ 70 % avait toutefois été enregistrée en 2000, lors de l’éviction de Slobodan Milosevic.
Pour les étudiants à l’origine de la contestation, cette élection constituait un « référendum anti-Vucic ». Elle représentait la première possibilité d’alternance depuis 2012 pour les 6,4 millions d’électeurs inscrits.
À Belgrade, plusieurs électeurs ont exprimé leur volonté de changement. « J’ai voté en espérant voir des changements : on ne peut pas continuer comme cela », a déclaré Marija Spasenovic à l’AFP, évoquant notamment la nécessité de garantir l’État de droit. D’autres électeurs ont, au contraire, défendu le bilan du pouvoir en place.
Le mouvement étudiant au cœur de l’opposition
Cette défaite intervient après près de deux années de manifestations déclenchées par l’effondrement, en 2024, d’un auvent de la gare de Novi Sad, qui avait causé la mort de 16 personnes.
Les protestataires ont dénoncé la corruption qu’ils estiment à l’origine de la catastrophe. Au plus fort de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes avaient manifesté dans la capitale, avant que le mouvement ne réclame des élections anticipées.
Progressivement, les étudiants se sont constitués en une force politique hétérogène. Leur liste rassemble des candidats issus de la société civile, sans figure principale, autour d’un objectif commun : battre le Parti progressiste serbe (SNS) d’Aleksandar Vucic.
Le mouvement a mené une campagne de terrain pour convaincre les électeurs, alors que ses membres dénonçaient la désinformation et l’influence médiatique du parti au pouvoir. Son dernier grand rassemblement à Belgrade, jeudi, aurait réuni quelque 150 000 personnes.
Des tensions et des accusations d’irrégularités
Le scrutin s’est déroulé dans un climat tendu. Rasa Nedeljkov, responsable de l’observation électorale au sein de l’organisation CRTA, a fait état d’un « nombre important d’irrégularités et d’incidents devant les bureaux de vote ». La police n’avait toutefois confirmé aucun fait majeur de violence lié aux élections au moment de la publication de l’article.
Les enquêtes d’opinion publiées avant le vote donnaient des résultats contradictoires. Un sondage du groupe de réflexion Nouvelle pensée politique serbe plaçait la liste étudiante en tête avec 44,5 %, contre 42,7 % pour celle de Vucic. Une autre enquête, réalisée en septembre par Faktor Plus, créditait au contraire la majorité sortante de 48,6 %, contre 37,1 % pour les étudiants.
Aleksandar Vucic, qui avait convoqué ces élections anticipées en septembre après avoir quitté son second mandat présidentiel pour mener la campagne de son camp, avait qualifié la mobilisation étudiante de « tentative de coup d’État » et averti contre un possible « chaos ».
La reconnaissance de sa défaite marque ainsi un tournant dans la vie politique serbe, après quatorze années de domination de son camp et une mobilisation citoyenne d’une ampleur exceptionnelle.

